Bonjour, bon après-midi ou bonsoir,
Je voudrais tout d’abord évoquer un sujet sur lequel l’OMS travaille et qui ne fait pas souvent la une des médias : la santé oculaire.
La cataracte est la cause la plus fréquente de cécité dans le monde, et l’une des principales causes de déficience visuelle, touchant plus de 94 millions de personnes.
Outre les troubles de la vision et la cécité, la cataracte peut contribuer à la réduction de la mobilité, au chômage, à l’isolement social, à la dépression et à l’anxiété.
La cataracte est un problème de santé publique majeur pour lequel il existe une solution simple et d’un bon rapport coût-efficacité : elle peut être traitée grâce à une intervention de 15 minutes qui permet de recouvrer immédiatement et durablement la vue.
La chirurgie de la cataracte transforme la vie en redonnant la vue à des personnes qui l’avaient perdue et en rouvrant un monde qui s’était fermé.
En 2021, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté une cible mondiale consistant à accroître l’accès à une chirurgie efficace de la cataracte de 30 points de pourcentage d’ici à 2030.
De nombreux pays ont réalisé des progrès impressionnants, notamment le Bhoutan, le Cambodge, le Népal et le Qatar.
Mais à l’échelle mondiale, selon une nouvelle étude à laquelle participe l’OMS et qui est publiée aujourd’hui dans The Lancet Global Health, la moitié des personnes qui ont besoin d’une chirurgie de la cataracte n’y ont toujours pas accès.
En Afrique, trois personnes sur quatre atteintes de cataracte n’y ont pas accès et, dans toutes les Régions, les femmes sont touchées de manière disproportionnée.
Cette étude estime que la couverture augmentera de 8,4 points de pourcentage d’ici à 2030, soit moins d’un tiers de l’effort nécessaire pour atteindre la cible de 2030.
L’OMS exhorte les gouvernements, les partenaires et les donateurs à investir dans cette intervention rentable qui change la vie, afin de prévenir la cécité et de rendre aux gens le don de la vue.
La nouvelle étude publiée aujourd’hui a été dirigée par le Centre international pour la santé oculaire de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, qui est en passe de devenir un centre collaborateur de l’OMS.
C’est un exemple de la contribution précieuse que le réseau de plus de 800 centres collaborateurs de l’OMS peut apporter à la recherche et à la santé mondiale.
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Et maintenant, voici quelques bonnes nouvelles concernant le choléra.
En 2013, l’OMS et une coalition de partenaires ont constitué un stock de vaccins contre le choléra à deux fins : mener des campagnes de vaccination réactives en réponse à des flambées épidémiques et mener des campagnes préventives dans les zones à risque afin d’empêcher qu’elles ne se produisent.
Depuis 2021, le monde a connu une augmentation significative du nombre de flambées épidémiques, de cas et de décès liés au choléra. Rien que l’année dernière, plus de 600 000 cas et 7600 décès ont été signalés dans 33 pays.
Cette augmentation a fortement sollicité le stock de vaccins, ce qui a obligé à interrompre les campagnes préventives afin de garantir la disponibilité d’une quantité suffisante de vaccins pour les campagnes réactives.
À la suite des efforts soutenus déployés par les fabricants et les partenaires, l’approvisionnement annuel mondial en vaccins anticholériques oraux a doublé, passant de 35 millions de doses en 2022 à près de 70 millions de doses en 2025.
Grâce à cette augmentation, nous avons pu reprendre les campagnes de vaccination préventive contre le choléra après plus de trois ans d’interruption.
C’est important, car cela pourrait nous aider à inverser la tendance, en prévenant les flambées épidémiques de choléra au lieu d’agir uniquement lorsqu’elles se produisent.
Le Mozambique est le premier pays à avoir repris la vaccination préventive, la semaine dernière, protégeant ainsi 1,7 million de personnes exposées au risque de choléra, y compris dans les zones reculées.
Parallèlement, le Mozambique mène également des campagnes réactives pour maîtriser une épidémie qui a été alimentée par les récentes inondations.
Des campagnes de vaccination préventive doivent aussi débuter au Bangladesh et en République démocratique du Congo.
Nous remercions le laboratoire eubiologics, basé en République de Corée, qui est actuellement le seul fabricant à produire des vaccins contre le choléra à l’échelle nécessaire pour les campagnes de vaccination de masse.
Si les vaccins sont un outil important, le meilleur investissement pour prévenir le choléra est l’eau potable et l’assainissement.
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Le choléra est l’un des nombreux exemples de maladies qui peuvent être facilement évitées grâce aux vaccins.
Depuis 2000, la mortalité des enfants de moins de cinq ans a chuté de plus de moitié, en grande partie grâce au pouvoir des vaccins.
Aujourd’hui, le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe a publié de nouvelles données encourageantes : le nombre de cas de rougeole dans la Région a chuté de 75 % l’année dernière par rapport à 2024.
Cela est dû à l’augmentation de la couverture vaccinale, à la sensibilisation des communautés, et à la riposte aux flambées épidémiques, entre autres.
Dans le même temps, en 2024, cinq pays de la Région européenne ont perdu leur statut de pays ayant éliminé la rougeole.
L’incompréhension et la confusion concernant la sécurité des vaccins alimentent les épidémies et coûtent des vies dans de nombreux pays.
Nous devons écouter attentivement les personnes qui ont de réelles préoccupations et leur donner les informations dont elles ont besoin pour prendre les meilleures décisions.
En même temps, nous devons continuer à le dire : les vaccins fonctionnent. Les vaccins sont sûrs. Les vaccins sauvent des vies.
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Une maladie rare mais mortelle pour laquelle nous ne disposons pas encore de vaccin est l’infection à virus Nipah.
Ces dernières semaines, trois cas de maladie à virus Nipah – deux en Inde et un au Bangladesh – ont fait la une des médias et suscité des inquiétudes quant à la possibilité d’une épidémie plus étendue.
Plus de 230 contacts ont été suivis, mais aucun autre cas n’a été identifié.
Les deux épidémies ne sont pas liées, bien qu’elles se soient produites le long de la frontière entre l’Inde et le Bangladesh, et qu’elles partagent certaines conditions écologiques et culturelles, ainsi que des populations d’espèces de chauves-souris frugivores connues pour être le réservoir naturel du virus Nipah.
L’OMS collabore avec l’Inde et le Bangladesh à l’évaluation des risques, au suivi des contacts, à la communication sur les risques et à la mobilisation communautaire.
L’OMS estime que le risque de propagation du virus Nipah aux niveaux régional et mondial est faible.
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Au Soudan, la situation déjà terrible continue de se détériorer.
La semaine dernière, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) a publié une nouvelle alerte, signalant que les indicateurs de famine s’aggravent dans les régions les plus vulnérables du Soudan.
La dernière alerte de l’IPC montre que deux nouvelles zones du Darfour septentrional ont dépassé les seuils de malnutrition aiguë, l’un des trois paramètres clés pour confirmer la famine.
La famine a été confirmée dans deux autres villes en novembre de l’année dernière. Et nous savons que là où la faim sévit, la maladie suit.
Sans un accès humanitaire durable, la situation continuera de s’aggraver, menaçant la vie de millions de personnes.
Selon les estimations, 4,2 millions de cas de malnutrition aiguë sont à craindre au Soudan en 2026, dont plus de 800 000 cas de malnutrition aiguë sévère, ce qui représente une augmentation de 14 % par rapport à 2025.
Entre-temps, au moment où la population a le plus besoin de services de santé, ceux-ci continuent d’être attaqués.
Depuis le début du conflit, l’OMS a confirmé 205 attaques contre les services de santé, qui ont fait 1924 morts et 529 blessés.
Aujourd’hui, nous avons l’honneur d’avoir parmi nous le représentant de pays, le Dr Shible Sahbani, qui pourra nous en dire plus sur la situation sur le terrain et sur l’action de l’OMS.
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Enfin, la semaine dernière, le Conseil exécutif de l’OMS a tenu la première de ses deux réunions annuelles ordinaires.
Il a décidé, entre autres, de charger l’OMS d’organiser des discussions sur la réforme de l’architecture de la santé mondiale. Nous entamons à présent ce processus.
Il est essentiel que tous les acteurs de la santé mondiale travaillent ensemble pour tirer parti de leurs avantages comparatifs, éviter les chevauchements et les doublons, et apporter de la valeur et des résultats aux pays et aux populations que nous servons.
Le Conseil a également examiné des propositions de réforme de la gouvernance de l’OMS, ainsi que la notification de retrait de l’OMS de la part de l’Argentine et des États-Unis d’Amérique, que l’Assemblée mondiale de la Santé examinera lors de sa réunion au mois de mai.
Tarik, c’est à vous.